Le Congrès américain s'en prend à la CFTC au sujet des marchés prédictifs et des délits d'initiés

Une audition du Congrès a mis en lumière la profonde incertitude qui règne au cœur de la réglementation américaine sur les marchés de prédiction. Lorsque le président de la CFTC ne peut distinguer un contrat de marché prédictif d'un pari sportif, il devient impossible d'ignorer les lacunes de la réglementation.
- Le 16 avril, Michael Selig, président de la CFTC, a été soumis à un interrogatoire approfondi de la part de la commission de l'agriculture de la Chambre des représentants concernant la manière dont l'agence supervise les marchés de prédiction ; les législateurs l'ont notamment interrogé sur le délit d'initié, la manipulation des marchés et la frontière floue entre les contrats sur des événements et les paris sportifs
- M. Selig a maintenu une position de « tolérance zéro » face à la fraude et à la manipulation, mais a refusé de fournir des chiffres précis sur les contrats rejetés ou les enquêtes en cours, se contentant d’indiquer que le nombre d’enquêtes pourrait se chiffrer en « centaines ou en milliers ».
- Un membre du Congrès a présenté une comparaison côte à côte entre un contrat de marché de prédiction et les cotes d’un bookmaker réglementé par l’État pour un match de baseball, et M. Selig a admis qu’il ne pouvait pas distinguer l’un de l’autre, soulignant ainsi l’ambiguïté réglementaire au cœur du débat
- Les législateurs ont fait part de leurs inquiétudes concernant des activités de trading suspectes liées à des événements géopolitiques majeurs, notamment plus de 500 millions de dollars misés sur des contrats prédisant le moment des frappes militaires contre l’Iran, et un trader qui a réalisé environ 410 000 dollars de bénéfices en pariant sur la destitution du président vénézuélien Nicolas Maduro
- L'audience a également fait ressortir des inquiétudes concernant l'impact des marchés de prédiction sur les droits de jeu des tribus, les législateurs avertissant que les contrats d'événements fonctionnant sous un cadre réglementaire différent pourraient compromettre les accords de partage des recettes de longue date liés aux accords de jeu tribaux
Washington perd patience face à la réglementation des marchés de prédiction
La pression exercée sur la CFTC au sujet des marchés de prédiction a atteint la commission de l’agriculture de la Chambre des représentants, et l’audience du 16 avril a clairement montré que la patience de Washington face à l’ambiguïté réglementaire dans ce domaine s’amenuise. Le président de la CFTC, Michael Selig, a passé une grande partie de la séance sur la défensive, éludant les questions spécifiques en invoquant un processus de réglementation en cours, tandis que les législateurs exigeaient des réponses sur le délit d’initié, l’intégrité du marché et la question de savoir si les produits supervisés par son agence s’apparentent davantage à un site de paris sportifs qu’à une bourse de produits dérivés.
L'échange qui résumera le mieux cette audition a impliqué le représentant Gabe Vasquez, qui a présenté côte à côte un contrat de marché de prédiction et une série de cotes de paris sportifs réglementées par l'État pour un match opposant les Colorado Rockies aux Houston Astros, et a demandé à M. Selig d'identifier lequel était lequel. Le président de la CFTC a admis qu'il n'était pas un expert. Ce fut un moment préjudiciable, non pas en raison d’une quelconque défaillance personnelle de la part de M. Selig, mais parce qu’il a cristallisé le problème réglementaire central en une seule image. Si l’agence chargée de superviser les marchés de prédiction ne peut pas facilement distinguer ses produits d’un pari sportif agréé par l’État, l’argument selon lequel ils appartiennent à des catégories réglementaires fondamentalement différentes devient très difficile à soutenir.
La position préparée par M. Selig tout au long de l’audience est restée cohérente : la CFTC maintient une approche de tolérance zéro envers la fraude, la manipulation et le délit d’initié, rejette régulièrement les contrats auto-certifiés et travaille activement à l’élaboration d’une réglementation visant à assurer une gouvernance plus claire des contrats sur événements. Mais les demandes répétées de données concrètes – combien de contrats ont été rejetés, combien d’enquêtes sont en cours, quelles mesures spécifiques ont été prises – se sont heurtées à des réponses générales. Les enquêtes, a-t-il laissé entendre, pourraient se compter par centaines ou par milliers. Cette fourchette est si large qu’elle est pratiquement dénuée de sens en tant que mesure de responsabilité.
Les préoccupations relatives au délit d’initié qui motivent l’examen minutieux du Congrès ne sont pas hypothétiques. Plus de 500 millions de dollars ont été misés sur des contrats de marché prédictif liés au calendrier des frappes militaires contre l’Iran, certains paris ayant correctement prédit la date des premières frappes. En janvier, un trader a généré environ 410 000 dollars de bénéfices en pariant avec justesse sur la destitution du président vénézuélien Nicolas Maduro. Au cours de la dernière période d’activité géopolitique intense, plusieurs comptes auraient engrangé des millions en une seule journée. M. Selig a reconnu que des enquêtes étaient en cours sur d’éventuelles fautes professionnelles, mais a refusé de commenter des cas spécifiques ou d’indiquer si des acteurs politiques avaient influencé des activités de trading.
Les controverses liées au trading géopolitique s’ajoutent à la confusion autour des paris sportifs pour démontrer que les marchés de prédiction se sont étendus à un domaine que les cadres réglementaires existants n’ont pas été conçus pour gérer. Les contrats portant sur des frappes militaires, sur le sort de chefs d’État étrangers, sur les résultats de matchs sportifs – pour lesquels, dans la plupart des États américains, on ne peut parier que par l’intermédiaire d’un bookmaker agréé – ne sont pas les produits sur lesquels repose l’architecture de surveillance des produits dérivés de la CFTC.
Les droits de jeu des tribus ont ajouté une dimension supplémentaire à l’audience. Les législateurs ont averti que le fait d’autoriser les contrats sur des événements à fonctionner sous un cadre réglementaire moins strict que celui des paris sportifs agréés par l’État pourrait compromettre les accords par lesquels les opérateurs de jeux des tribus partagent leurs revenus avec les gouvernements des États. La possibilité pour les plateformes de marchés de prédiction d’offrir de facto des produits de paris sportifs sans les obligations d’agrément, les contributions fiscales et les exigences contractuelles qui s’appliquent aux opérateurs traditionnels a été soulevée à la fois comme un problème d’équité concurrentielle et comme un problème juridique. Le géorepérage a été évoqué comme une mesure de protection technique possible, mais aucun engagement concret n’a été pris.
La CFTC est simultanément confrontée à des demandes visant à étendre son champ de compétence en matière de surveillance aux actifs numériques, tout en gérant la complexité politique et juridique entourant les marchés de prédiction, le tout avec des ressources que les législateurs eux-mêmes ont reconnues comme potentiellement insuffisantes pour mener à bien cette tâche.
Le « moment des cartes de baseball » a de réelles conséquences réglementaires
L’incapacité du président de la CFTC à distinguer un contrat de marché de prédiction d’une cote de paris sportifs est plus qu’un simple moment embarrassant au Congrès. Elle reflète fidèlement une véritable convergence des produits qui s’opère sur les marchés réels et à laquelle les cadres réglementaires existants ne sont pas équipés pour faire face. Les opérateurs de marchés de prédiction ont toujours soutenu que leurs produits sont des instruments financiers réglementés par la CFTC, fondamentalement différents des produits de jeux d’argent réglementés par les États. Cet argument repose sur le fait que les produits soient significativement distincts. Lorsqu’ils sont fonctionnellement indiscernables pour un observateur profane, et apparemment pour le président de la CFTC lui-même, les fondements juridiques et philosophiques de l’argument de la préemption fédérale commencent à s’effriter. Les régulateurs des États du Nevada, de l’Ohio, de l’Arizona et du Massachusetts, qui s’opposent à Kalshi et à d’autres, auront pris bonne note de ce moment.
Le problème du trading géopolitique constitue la menace la plus grave pour la crédibilité du secteur
Les préoccupations relatives au délit d’initié concernant les contrats liés aux événements sportifs sont sérieuses. Celles concernant les contrats liés aux frappes militaires et au sort de dirigeants étrangers relèvent d’un tout autre ordre de grandeur. La possibilité que des individus ayant accès à des informations classifiées ou non publiques concernant les développements géopolitiques puissent utiliser les marchés de prédiction pour tirer profit de ces informations n’est pas un risque théorique. Les schémas de négociation autour des frappes contre l’Iran sont, à tout le moins, profondément suspects et méritent une enquête approfondie. S’il s’avère que les marchés de prédiction fonctionnent comme un mécanisme permettant de monétiser des informations privilégiées sur des décisions de sécurité nationale, la pression politique visant à imposer des restrictions sévères au secteur deviendra écrasante et difficile à résister, même pour le régulateur le plus favorable à l’innovation. Le secteur a besoin d’une réponse à cette question, et d’une réponse transparente, car l’alternative est une répression réglementaire motivée par l’indignation publique plutôt que par une politique mesurée.
Le processus réglementaire de la CFTC est désormais sous les feux d’une attention inconfortable
Les références répétées de M. Selig au processus de réglementation en cours comme moyen approprié pour résoudre les questions soulevées par les législateurs ne constituent pas une position déraisonnable en termes de droit administratif. La réglementation est précisément le mécanisme par lequel les agences sont censées élaborer des cadres de gouvernance pour les nouveaux produits. Mais invoquer ce processus comme une diversion lors d’une audition au Congrès, sans être en mesure de fournir des calendriers, des propositions spécifiques ou des données concrètes sur l’activité actuelle de mise en application, donne l’impression d’une dérive réglementaire plutôt que d’une élaboration délibérée des politiques. Les nominations au sein du groupe de travail sur l'innovation annoncées cette semaine indiquent que la CFTC se dote des moyens nécessaires pour mener ce travail avec sérieux. L'audition au Congrès montre que Washington n'est pas disposé à attendre indéfiniment les résultats.
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