La Nouvelle-Zélande adopte un projet de loi sur les casinos en ligne, ce qui ouvre la voie à l'octroi de 15 licences

Après des années de flou réglementaire, la Nouvelle-Zélande a adopté une législation qui mettra au pas les opérateurs de casinos en ligne offshore et créera l'un des nouveaux marchés réglementés les plus attendus de la région Asie-Pacifique.
- Le projet de loi néo-zélandais sur les jeux d'argent en ligne a été adopté en troisième et dernière lecture au Parlement ; la sanction royale est attendue le 1er mai, ouvrant ainsi la voie à un marché réglementé des casinos en ligne qui proposera jusqu'à 15 licences dans le cadre d'un processus concurrentiel
- Le calendrier des licences établi en mars 2026 prévoit que le processus s'ouvrira en juillet 2026, les demandes devant être déposées avant le 1er décembre 2026 et les opérateurs retenus devant entrer en service le 1er juillet 2027
- La législation a une portée extraterritoriale, ce qui signifie que les opérateurs offshore desservant des consommateurs néo-zélandais seront soumis aux mêmes règles et pouvoirs d'application que les opérateurs locaux, avec des sanctions financières pouvant atteindre 5 millions de dollars néo-zélandais en cas d'infractions graves ou répétées
- Un mécanisme de financement communautaire a été inclus dans le projet de loi final : environ 4 % du produit brut des jeux (PBJ) des opérateurs devraient être reversés aux clubs sportifs locaux, aux associations communautaires et aux organisations de base, ce qui pourrait générer entre 10 et 20 millions de dollars néo-zélandais la première année
- Entain, qui détient une licence exclusive pour exploiter des paris sportifs via TAB NZ, a publiquement déclaré qu’il visait à obtenir trois des 15 licences disponibles, tandis que SkyCity Entertainment Group avait précédemment fait part de ses inquiétudes concernant le modèle de licences multiples
La longue faille offshore de la Nouvelle-Zélande est enfin comblée
La Nouvelle-Zélande a franchi une étape législative décisive vers la création de son premier marché des casinos en ligne entièrement réglementé, le Parlement ayant adopté le projet de loi sur les jeux de casino en ligne en troisième et dernière lecture. La législation, menée par la ministre de l’Intérieur Brooke van Velden, va désormais être soumise à la sanction royale, attendue le 1er mai, avant que le processus officiel d’octroi de licences ne débute plus tard dans l’année.
Ce projet de loi comble une lacune réglementaire qui existait depuis la loi de 2003 sur les jeux d'argent (Gambling Act 2003), laquelle avait créé une situation où les consommateurs néo-zélandais pouvaient accéder librement à des plateformes de casino en ligne offshore, tandis que ces opérateurs n'étaient soumis à aucune obligation de détenir des licences locales ni de contribuer aux recettes fiscales de l'économie néo-zélandaise. Cette anomalie a fait l'objet de critiques soutenues pendant plus de deux décennies, et le nouveau cadre est conçu pour y mettre fin de manière exhaustive.
M. Van Velden a présenté la législation en termes clairs, la décrivant comme un moyen de combler la lacune fiscale en matière de jeux d’argent et d’exiger des opérateurs de casinos en ligne agréés qu’ils paient des impôts comme toute autre entreprise opérant dans le pays. L’argument des recettes a été au cœur du plaidoyer politique en faveur de la réforme, parallèlement à la justification de la protection des consommateurs visant à placer les activités offshore auparavant non réglementées sous contrôle national.
La structure de marché créée par le projet de loi est délibérément limitée et concurrentielle. Jusqu’à 15 licences seront disponibles à l’issue d’un processus en trois étapes comprenant une manifestation d’intérêt, une phase concurrentielle telle qu’une vente aux enchères ou un appel d’offres, et les demandes de licence définitives. Les opérateurs souhaitant obtenir une licence doivent satisfaire à des critères d’aptitude, divulguer leur structure de propriété, fournir des plans d’activité et de conformité détaillés et démontrer leur capacité à respecter des normes strictes en matière de protection des consommateurs et de prévention des préjudices. Les premières licences auront une durée de validité de trois ans.
Le calendrier révisé publié en mars 2026 définit des étapes claires. Le processus d’octroi de licences s’ouvrira en juillet 2026, les demandes devront être soumises avant le 1er décembre 2026, et les 15 opérateurs retenus devraient démarrer leurs activités le 1er juillet 2027. Les opérateurs qui ne auront pas déposé de demande avant la date limite de décembre seront tenus de cesser de fournir des services aux consommateurs néo-zélandais, une disposition qui offre aux opérateurs offshore desservant actuellement le marché un choix clair entre la conformité et l’exclusion.
L'une des caractéristiques les plus importantes du projet de loi réside dans sa portée extraterritoriale. La législation s'applique explicitement à tous les jeux de casino en ligne mis à la disposition des personnes en Nouvelle-Zélande, quel que soit le lieu d'implantation de l'opérateur. Ce champ d'application signifie que les prestataires offshore ne peuvent pas simplement continuer à opérer depuis l'extérieur de la juridiction et considérer les clients néo-zélandais comme hors de portée de la réglementation. Le ministère de l’Intérieur a été doté d’une gamme d’outils d’application de la loi, notamment des avis de retrait, des avertissements formels, des engagements exécutoires et des sanctions financières pouvant atteindre 5 millions de dollars néo-zélandais en cas d’infractions graves ou répétées.
Les obligations en matière de protection des consommateurs sont intégrées à l’ensemble du cadre réglementaire. Les opérateurs doivent vérifier que tous les joueurs ont au moins 18 ans, exclure les joueurs à problèmes, mettre en place des procédures de traitement des plaintes du public et tenir des registres de plaintes, et il leur est interdit de proposer des jeux d’argent à crédit.
La disposition relative au financement communautaire constitue un ajout significatif au projet de loi final, à la suite de plusieurs mois de campagne menée par les députés travaillistes. Des documents du Cabinet datant de novembre indiquaient que le gouvernement envisageait d’affecter environ 4 % du produit brut des jeux (PBJ) des opérateurs à des fins communautaires, ce qui pourrait générer entre 10 et 20 millions de dollars néo-zélandais par an une fois le régime opérationnel. M. Van Velden a salué les contributions du public qui ont conduit à ce résultat, soulignant que les Néo-Zélandais souhaitaient que les bénéfices des jeux de casino en ligne sous licence profitent aux clubs sportifs locaux, aux groupes communautaires et aux organisations de base.
Le paysage des opérateurs à l'approche de la course aux licences prend déjà forme. Entain, qui détient une licence exclusive pour exploiter les paris sportifs via TAB NZ, a fait part de son intention d'obtenir trois des 15 licences disponibles. La PDG de la société, Stella David, a souligné lors de la conférence sur les résultats de l'exercice 2025 que la position de TAB fait d'Entain le seul opérateur en ligne actuellement capable de proposer des ventes croisées entre les paris sportifs et les jeux d'argent en ligne en Nouvelle-Zélande, un avantage structurel qu'il cherchera à étendre au marché des casinos en ligne. SkyCity Entertainment Group, le principal opérateur de casinos terrestres du pays, a exprimé ses inquiétudes concernant le modèle de licences multiples, reflétant la pression concurrentielle que le nouveau cadre exercera sur les opérateurs historiques bien établis.
Le plafond de 15 licences déterminera le caractère concurrentiel du marché
La décision de limiter le marché réglementé initial à 15 licences est l’un des choix structurels les plus lourds de conséquences du projet de loi, et elle façonnera la dynamique concurrentielle du secteur des casinos en ligne néo-zélandais pendant des années. Un modèle de licences plafonnées concentre l’attention des autorités de régulation, rend l’application de la réglementation plus facile à gérer et tend à créer un marché où les opérateurs investissent davantage dans la qualité des produits et la conformité, car la valeur de chaque licence est plus élevée. Cela signifie également inévitablement que certains opérateurs desservant actuellement les consommateurs néo-zélandais depuis l’étranger ne seront soit pas éligibles, soit non sélectionnés, ce qui pourrait ramener une partie de cette demande vers des alternatives non agréées. La capacité de l’autorité de régulation à gérer cette transition par une application efficace des dispositions extraterritoriales sera déterminante pour savoir si le modèle des 15 licences atteindra ses objectifs de protection des consommateurs ou se contentera de restructurer le marché gris plutôt que de l’éliminer.
La portée extraterritoriale est audacieuse, mais se heurtera à de réels défis en matière d’application
Légiférer pour que la loi néo-zélandaise s’applique à tous les opérateurs desservant les consommateurs néo-zélandais, quel que soit leur lieu d’implantation, est une approche de plus en plus courante sur les marchés réglementés des jeux d’argent. Elle reflète une tendance réglementaire mondiale visant à affirmer la juridiction sur le côté de la demande du marché plutôt que sur le seul côté de l’offre. Le défi réside toujours dans l’application. Les ordonnances de retrait et les sanctions financières constituent des outils efficaces contre les opérateurs qui possèdent des actifs ou des intérêts commerciaux à la portée du système juridique néo-zélandais. Face aux opérateurs basés dans des juridictions sans accords d’application réciproque et non soumis à la réglementation néo-zélandaise, leur impact concret est limité. Le succès du projet de loi dans l’élimination du marché gris offshore dépendra fortement de la capacité d’application du ministère de l’Intérieur et de la mise en place par la Nouvelle-Zélande d’une infrastructure durable de blocage et d’interruption des paiements, à l’instar de ce que les marchés réglementés plus matures ont déployé contre les opérateurs sans licence.
L'avantage de la vente croisée d'Entain lui confère une longueur d'avance structurelle
La combinaison de la clientèle existante de paris sportifs de TAB NZ et de trois licences potentielles de casino en ligne confère à Entain une position d’entrée sur le marché qu’aucun autre opérateur en lice pour l’obtention d’une licence ne peut égaler dès le premier jour. La vente croisée entre les paris sportifs et le casino est l’une des capacités les plus précieuses sur le plan commercial dans le secteur des jeux d’argent en ligne, et la position exclusive d’Entain dans le domaine des paris sportifs signifie qu’elle arrivera au lancement de son casino en ligne avec une clientèle établie, identifiée et déjà engagée à qui s’adresser. Les opérateurs concurrents devront acquérir des clients à partir de zéro sur un marché où Entain bénéficie déjà d’une notoriété significative et d’un canal direct vers les parieurs sportifs. Cet avantage structurel ne garantit pas le succès, mais il réduit considérablement les coûts d’acquisition de clients d’Entain par rapport à tous les autres titulaires de licence et lui confère une longueur d’avance qu’il sera difficile de rattraper rapidement.
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